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Compotier et verre

JUAN GRIS

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Description

1916

Huile sur bois.

61 x 38 cm.

Une série de formes géométriques aux angles accusés que quelques rares courbes

tentent d’assouplir ; des aplats imbriqués où le blanc le dispute au noir, ou au brun...

L’oeil a bien du mal à distinguer une forme intelligible, à retrouver un espace rationnel.

Et pourtant, parmi ce damier chaotique, en surimpression, s’esquisse le tracé d’un

verre à pied sur ce qui semble, à en juger par sa couleur brune, l’angle d’une table,

en bois, vue du dessus. Le dessin inachevé du contour du verre contraste avec les

aplats colorés qui l’entourent, comme un lointain écho à la querelle du dessin et de

la couleur. C’est bien cette seule forme dessinée qui est reconnaissable parmi tant de

surfaces colorées. Cependant, à proximité, un même tracé, blanc cette fois, se dégage

d’un fond noir, traduisant quelque détail sibyllin d’un objet difficilement perceptible...

Quid du compotier annoncé ? Probablement les deux hémisphères marron et noir,

asymétriques, en évoquent-ils la silhouette, mais selon quel point de vue ? Car ici les

plans sont mélangés pour mieux tromper l’oeil. De face, de trois-quarts, de dessus... ce

tourbillon de formes nous ramène à la planéité de la surface, le rectangle du tableau.

La nature morte réinterprétée n’est plus ici qu’un prétexte pour jouer avec des formes

et des couleurs afin de revendiquer l’acte pictural. Il s’agit de peinture à l’état pur. La

touche est omniprésente, tantôt saturée dans un aplat de blanc, tantôt esquissée pour

signifier, tantôt enfin délayée laissant alors apparaitre le support. Elle prédomine, jusqu’à

l’abstraction, annihilant sujet, espace, narration. Cette diffraction de la forme est aussi

un jeu optique, à l’opposé du trompe-l’oeil issu de la longue tradition de la Mimesis. Il

s’agit cette fois de recomposer la forme éclatée sur divers plans ou peut-être de l’oublier.

Juan Gris (1887-1927) est un peintre espagnol qui fit toute sa carrière en France

à l’instar de son ami et rival Picasso. Il est sans conteste l’une des figures majeures

du cubisme. Arrivé à Paris en 1906, il se lie d’amitiés avec Matisse, Braque, Léger...

Modigliani en fait son portrait, aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum of

Art de New-York. Dessinateur prolifique, il publie des illustrations dans de nombreux

journaux mais collabore aussi avec Serge Diaghilev et ses ballets russes pour lequel il

dessine décors et costumes. Le style cubiste, synthétique, qu’il développe dans la lignée

de Braque et Picasso est d’une facture très personnelle qui lui attirera une certaine

jalousie de ce dernier. Plus harmonieux dans ses formes, développant une palette de

couleurs en camaïeu - comme le montre ses portraits de Picasso ou de Josette, son épouse

- le style de Juan Gris est empreint d’une certaine poésie. Sa série de Pierrot, d’Arlequin

ou encore ses Natures mortes avec mandolines témoignent de ses choix esthétiques où

la douceur des formes et des teintes l’emportent sur les contrastes plus arbitraires de ses

camarades cubistes. En 1924, il fait part de ses théories esthétiques lors d’une lecture à

la Sorbonne, « Des possibilités de la peinture ». Il expose ensuite à la Galerie Simon à

Paris, puis à Berlin et Düsseldorf. Il meurt en pleine gloire à l’âge de 40 ans laissant une

oeuvre inachevée alors que si prometteuse...

Ce Compotier et verre constitue un chef-d´oeuvre par ses qualités plastiques. En 1916, Juan

Gris est à l´apogée de sa recherche sur un cubisme synthétique qui unifie support et surface

dans un geste pictural affirmé. C´est un manifeste de sa peinture.

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